Le TGV contre l’Occitanie

Révélateur, le « dossier du maître d’ouvrage » du « Projet de ligne à grande vitesse Poitiers-Limoges » : 95 pages de texte avec photos et cartes en couleur. RFF ne lésine pas sur les moyens pour essayer de faire avaler aux Limousins, un projet qui ferait de Limoges un terminus TGV pour au moins 50 ans

Déjà les « réalistes » de la CCI, d’autres succursalistes de l’état jacobin commencent à flancher : « c’est mieux que rien », « plutôt le « barreau » que rien », « tant pis pour le POLT », « unité-unité », « Lemosin gola ta casqueta e ditz : « mercés, Paris!« .

95 pages pour 5 présupposés :

  1. Il existe un « centre ouest »
  2. Il est enclavé
  3. Il faut le désenclaver en direction de l’Ile-de-France
  4. Il faut le désenclaver en direction de la « façade atlantique »
  5. Il faut relier Limoges et Poitiers

Qui se réduisent finalement à 2 « grandes » idées, martelées jusqu’à plus-soif :

  1. Favoriser une meilleure accessibilité de l’Ile-de-France
  2. Renforcer les relations entre Poitiers et Limoges

La conception du réseau TGV est parisiano-centrée dans la pire des traditions des aménageurs du XIXème siècle.
Selon cette vision, c’est Paris qui conditionne la vie des régions, pour ce qui nous concerne du Limousin. Tout part de Paris, tout doit y ramener !

La pieuvre TGV

A l’heure de l’Europe et des régions, est-ce une vision d’avenir ou les derniers spasmes d’un organisme à l’agonie, l’état jacobin ?

Créer la maxi-banlieue autour de PARIS (la plus belle ville du monde …) voici le « projet » politique que l’on essaie de nous vendre : le rêve de l’ingénieur logé à Limoges prenant son train le matin pour Paris et retrouvant sa femme et ses enfants, le soir dans leur charmant pavillon de la campagne limousine.

Voulons-nous de ce Limousin dortoir ?

Pour imposer ce schéma, toute réalité culturelle et historique est gommée comme les liens du Limousin avec l’Auvergne ou le Languedoc toulousain.

C’est le fameux « centre ouest », tâche floue sur la carte hexagonale des départements.

Le Limousin appartient à l’Occitanie, ses attaches sont vers Clermont et Toulouse !

Avec la pieuvre TGV, on démembre cette réalité « sudiste » au profit de la vieille centralisation napoléonienne.
Plus de Limoges Toulouse digne de ce nom. Limoges-Bordeaux, par Poitiers ! Et Limoges-Marseille, par Paris !

Dans ce projet particulier, on veut à tout prix mettre Limoges dans l’orbite de Poitiers.

C’est le démembrement du territoire occitan qui est à l’oeuvre et avec la carotte du temps gagné pour aller dans la capitale (travailler ? quérir des subventions ?).

Et les emplois au pays, on les aura quand ?

Les décideurs tombent dans le panneau de la publicité SNCF et ses billets TGV à 5 Euros, le voyage inutile accessible à tous ! Ce qui ne les empêche pas de parler par ailleurs de « développement durable ».

Le projet Limoges-Poitiers veut promouvoir le « développement » d’un fumeux « centre ouest » qui ne correspond à aucune réalité sinon technocratique.

Le Limousin aura une chance de se développer en regardant vers le sud et l’est, pas vers Poitiers dont il ne deviendra que l’arrière cour.

Quand aux barreaux, bonjour les dégats dans la campagne limousine ! Nous y reviendrons.

Dans l’immédiat, il s’agit de refuser ce Poitiers-Limoges, pensé à Paris et pour Paris.
L’intérêt du Limousin est dans une relation équilibrée avec ses voisins, prioritairement occitans.

Contre ce projet passéiste, paré des plumes d’un faux progrès, la ligne POLT doit être imposée à l’Etat.

Messieurs les décideurs, un peu de courage.

« Resisténcia » est un mot de la tradition limousine qu’il serait bien temps de remettre à l’honneur.

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7 réflexions sur “Le TGV contre l’Occitanie

  1. Mas lo TGV arriba del SUD, de Catalonha … en 2010 ! Veire lo men blòg. E digun ne parla !! E la linha entre Narbona e Nimes es cofla… Donc caldrà passar per … Tolosa, puèi ? Bordèu serà una linha encombrada tanben, donc …. Lemòtges, e lo val d’Edge, puèi París.

  2. Voici une copie du message que j’ai envoyé sur le forum de la CCI de Limoges à propos de la future LGV…
    Je suis assez consterné de constater que le Limousin (et le Poitou d’ailleurs) comptent une fois de plus relayer le ridicule jeu dominant/dominé orchestré depuis des décennies par le pouvoir central. A quoi a servi la création des régions si l’on reste dans ce système de provincialisation aberrante? Aujourd’hui la quasi-totalité des régions françaises n’ont qu’une idée en tête: mettre Paris à moins de trois heures de chez elles… D’ailleurs on n’émet jamais l’hypothèse (ni dans les mots ni dans les actes politiques) que Paris doive, elle, se rapprocher de Bordeaux, Lyon ou Strasbourg! Tout fonctionne dans un sens unique, chaque Français doit avoir la chance de se rendre tant qu’il le souhaite en notre « lumineuse » et « exemplaire » capitale… Nos hommes politiques, nos présidents de région, nous parlent souvent de « capitale régionale ». Ne serait-il pas intéressant que ces capitales travaillent entre elles au développement de leurs régions, pour enfin sortir de la logique écrasante du « tous à Paris »? Tout le monde sait que le Limousin est une région faible, à la traine…mais aussi que la majorité des Limousins aiment énormément leur région et qu’ils aimeraient y vivre. Cependant lorsque les moyens manquent sur place, ils n’hésitent pas à s’exiler pour étudier, travailler…Où retrouve-t-on le plus d’étudiants limousins? A Toulouse, à Bordeaux, à Clermont! C’est (qui connaît un peu le Limousin le sait) vers ces régions que nous nous tournons en priorité lorsque la vie nous impose l’exil…Arrêtons de nous voiler la face: qui a envie ici d’aller vivre plusieurs années à Paris? Et lorsque l’on dit Paris, n’oublions pas que c’est un mensonge, le travail est plus souvent à Boulogne, Noisy, Cergy ou encore Sarcelles qu’à Paris même…L’argument fondamental pour ces lignes ferroviaires convergeant vers Paris est l’emploi à la capitale, mais oubliez vos rêves de ballades le soir sur les quais de Seine ou le boulevard Saint-Michel…Vous n’aurez la plupart du temps que barres HLM, zones pavillonaires quelconques et usines pour seul paysage… Les Parisiens ne s’y trompent pas, eux qui fuient chaque année par dizaines de milliers la couronne parisienne pour rallier nos misérables villes de misérables « provinciaux »…Ne serait-il pas grand temps d’aider les Limougeauds, les Guérétois ou les Brivistes à se rendre facilement dans les villes qu’ils affectionnent naturellement (certainement par affinité culturelle et par proximité du mode de vie) comme, je le répète, Bordeaux, Cahors, Toulouse et Clermont? Pourquoi nos hommes politiques locaux ne veulent-ils pas se donner la main pour construire ensemble, se soutenir économiquement et développer la France entière, pas seulement Paris? Les élus midi-pyrénéens, aquitains, limousins et auvergnats sont-ils tous définitivement Parisiens? La décentralisation ne serait donc définitivement qu’un leurre? La course jouée par les régions de France me semble bien respecter les éternelles règles du centralisme acharné! Alors que le Languedoc-Roussillon et le département Pyrénées-Orientales osent depuis des années se tourner, ouvertement, davantage vers Barcelone (coopérations économique et culturelle, voies de communication) que vers Paris, le Limousin est-il destiné à devenir (ou demeurer) un « sous-Paris »? Orléans a-t-elle triplé son activité économique ces dernières années? Je ne le pense pas, elle est devenue une morne ville dortoir!
    Il suffit de discuter avec les Limousins de la rue (et pas seulement ceux qui ont du temps et des moyens à consacrer pour participer activement à cette soi-disante consultation publique) pour entendre que beaucoup, vraiment beaucoup, ne comprennent pas ce choix de se lier à Poitiers et de s’approcher absolument de Paris…N’avez-vous pas peur de vous mettre la population à dos en nous imposant ce projet?

  3. Voici le message qui me fut adressé en réponse de mon courrier par Monsieur Limousin, président de la CCI de Limoges:

    « Je crois que vous faites une erreur d’analyse et que vous êtes resté sur la considération de François Gravier dans les années 50 : « Paris et le désert français ».
    Cinq considérations s’imposent :
    1) Accélérer la relation avec Paris n’est pas le but unique de la démarche que nous conduisons, c’est seulement « l’étalon temps » : Paris à moins de deux heures de Limoges.
    2) La TGV circulant sur une LGV c’est aussi l’accès privilégié et accéléré à toute l’Europe occidentale : Belgique, Allemagne, etc, sans oublier Roissy et Lille au passage.
    3) Cette ligne nouvelle, c’est aussi l’ouverture de tout le Limousin vers la façade atlantique de Bordeaux à Nantes avec un accès prolongé vers La Rochelle.
    4) C’est aussi l’accès à la technologie de la Grande vitesse qui n’a pas fini son évolution et l’amélioration de ses performances.
    5) Mais surtout et enfin, c’est la possibilité pour la province et pour notre territoire de se faire mieux entendre à Paris. Chaque fois que nous n’y sommes pas pour faire connaître nos dossiers, avancer nos projets, faire valoir nos arguments, ce sont d’autres, mieux desservis qui prennent nos plans, étouffent nos projets et marginalisent notre région.
    Pouvoir se rendre rapidement et souvent à Paris, c’est surtout la possibilité d’y aller facilement pour plaider ce qui est utile à notre territoire et à sa population.
    Il nous faut coloniser Paris si nous ne voulons pas être traités comme une colonie de Paris.
    Osons, risquons, perturbons, c’est le rôle mais aussi la responsabilité des entrepreneurs et j’en assume la pleine responsabilité.
    Je suis certain qu’il y a 150 ans, il y avait un lobby à Limoges contre l’arrivée du train. Ne nous mettons pas aujourd’hui dans les rangs de ceux qui regretteront après-demain d’avoir refusé la grande vitesse ferroviaire. »

    Mes commentaires:
    « Je crois que vous faites une erreur d’analyse et que vous êtes resté sur la considération de François Gravier dans les années 50 : « Paris et le désert français » ». Parce-que la situation a changé depuis? L’Ile de France regroupe 1/6 de la population française, en 2005 le PIB de l’Île-de-France calculé par l’INSEE était de €478,7 milliards contre 831 milliards pour le reste de la France, soit plus d’un tiers. Comment la phrase « Paris et le désert français » (désert démographique et économique) pourrait-elle ne plus traduire la réalité? Elle la traduit encore bien plus que dans les années 1950.

    « 1) Accélérer la relation avec Paris n’est pas le but unique de la démarche que nous conduisons, c’est seulement « l’étalon temps » : Paris à moins de deux heures de Limoges ». Je dois avouer que je ne comprends absolument pas cette phrase antinomique de Mr Limousin! Ne serait-ce pas là un parfait exemple de langue de bois?

    « 4) C’est aussi l’accès à la technologie de la Grande vitesse qui n’a pas fini son évolution et l’amélioration de ses performances. ». Dans quel but? C’est ainsi, c’est bien, point final! La course au progrès pour le progrès, son utilité c’est autre chose. Cela me fait penser à ces villes qui développent à grand frais des lignes de tramway parfaitement inutiles (par le tracé des lignes) et par pure coquetterie.

    « 5) Mais surtout et enfin, c’est la possibilité pour la province (…) ». Je n’épiloguerai pas, juste pour dire que je trouve bien triste qu’un homme si haut placé dans la hierarchie régionale, un ‘homme qui compte’ comme l’on dit, fonde sa propre région dans un concept vide de sens, la ‘province’… Voulait-il dire la France hors Paris? Toujours cette même idéologie qu’il y a Paris et le reste, le désert justement, un ensemble homogène, une entité difforme et sans particularismes ni identités propres hormis le fait de ne pas être Paris… Donc notion d’infériorité, nous y revoilà…

    « Chaque fois que nous n’y sommes pas pour faire connaître nos dossiers, avancer nos projets, faire valoir nos arguments (…) »
    Quels dossiers? Quels arguments? Quels projets? Puisque le résultat de vos ambitions ne sera pas la création d’un Limousin indépendant, créatif, productif, innovant, mais seulement la création d’un satellite de Paris… Tous vos projets vont dans ce sens… Votre choix n’est pas le développement du Limousin et de Limoges érigée en véritable capitale régionale qui tient la route économiquement, votre choix est celui de toutes les régions françaises de se rapprocher de Paris pour prendre votre part du gâteau, grapiller les financements, les subventions, les miettes de la fausse décentralisatoin à laquelle on assiste (avec récupération de services toujours dirigés depuis Paris)…

    « Il nous faut coloniser Paris si nous ne voulons pas être traités comme une colonie de Paris ». C’est très drôle ce nationalisme, cet impérialisme limousin soudain de la part de Monsieur Limousin! Complexe d’infériorité, toujours, ou l’art de ne jamais considérer les régions et les villes françaises sur un pied d’égalité avec Paris. Non, là on nous propose de conquérir Paris (toujours…) pour influer tant qu’on le peut sur le maître et ses décisions. On ne cherche pas à s’auto-gérer, à décider pour soi-même, non on cherche à donner une corde plutôt qu’une matraque pour se faire battre, à minimiser les dégats du jacobinisme français sans chercher à l’annihiler! Je peux vous dire que les observateurs étrangers se marrent en constatant la soumission des régions et villes françaises face à la capitale.

    « Je suis certain qu’il y a 150 ans, il y avait un lobby à Limoges contre l’arrivée du train. Ne nous mettons pas aujourd’hui dans les rangs de ceux qui regretteront après-demain d’avoir refusé la grande vitesse ferroviaire. ». Cette note d’humour pour finir, Monsieur Limousin voudrait nous faire passer, moi et les gens qui émettent des réserves à ce projet de LGV, pour des passéistes statiques. Je ne suis pas contre le TGV, mon propos portait sur le tracé d’une future LGV…

    Baptiste Chrétien

  4. Bonjour,
    Je suis un habitant de Bonnac la Côte, près de Limoges. J’ai fui l’enclavement parisien en 1989 pour venir vivre dans le Limousin, pays de la femme que j’aime. Je confirme l’enclavement parisien, car la saturation des transports dans cette mégalopode déshumanisée, génère une inflation de perte de temps, autant pour les trajets quotidiens, que pour y entrer et en sortir. Nous avons choisi Bonnac la Côte pour nous y installer définitivement près de ma belle famille, parce que ce territoire des contre-forts des monts d’Ambazac nous avait séduit. J’aime ce pays, ces gens, cette terre. C’est un choix de vie, un choix culturel autant que de carrière professionnelle. La vie associative et tout simplement de voisinage est encore riche, au point que nous n’aspirons pas à courir les routes et les aéroports pour trouver ailleurs à l’autre bout du monde, après des rêves de bonheur exotique, car le bonheur, nous l’avons là, ici, maintenant.

    Nous avons eu un choc, lorsque nous avons appris qu’une Ligne Grande Vitesse allait défigurer définitivement cette terre auquelle nous sommes attachés, assourdissant de son vacarme fracassant 22 fois par jour notre tranquillité. Les nécessités de de définir une trajectoire rectiligne et horizontale vont impérativement creuser d’immenses canyons dans nos monts, et d’immenses talus dans nos vallées.
    Vous pouvez comprendre notre exaspération et lassitude que finalement la folie de cette mégalopode parisienne que nous avions fui, finalement nous ait retrouvé 20 ans plus tard.
    Je vous suis entièrement, quoique votre langage me soit un peu étranger, dans l’analyse générale de l’absurdité en soi de ce projet pour le développement de notre région limousine.

    Je note aussi cet aspect important que vous soulevez, qui est la confirmation par les élus politiques majoritaires de notre région de leur reniement à l’identité véritable du Limousin. Ce projet LGV entérine un drame qui finalement va bien au-delà du saccage par ces termites technocratiques sans vergogne de nos monts et vallées, et de notre choix de vie. Il trahit définitivement l’âme véritablement occitane de notre limousin.
    Mais ils ont oublié que de la profondeur véritable de cette âme surgira la force créative populaire qui ira bien plus loin que simplement faire échouer ce projet.

    Je ne parle pas un mot d’occitan, et je le regrette à l’instant.
    Bien à vous,
    Christian Chevallier, président « air de nos campagnes »

  5. Bravo M. Urroz! C’est une excellente analyse. Je suis Breton, exilé à Poitiers, et la Bretagne connaît exactement le même problème avec la LGV « Ouest » (en fait Rennes et Nantes). Les mêmes questions se posent. Et qu’en est-il des relations Nantes-Rennes, Rennes-Brest, mais aussi Nantes-Brest, etc… Je suis enchanté de voir que non loin de là où j’habite, il y a encore des gens qui se mobilisent pour leur pays, contre la toute-puissante vision « provincialiste ».
    Bevet Breizh, ha bevet Okitania!
    A galon vat ganeoc’h,
    Aleksandr ar Gall

    • Le centralisme est un des gros problèmes de l’Etat français. Pas de « rupture » à attendre sur ce point de la part du gouvernement. Au contraire, il veut casser toute vélléité de pouvoir régional avec sa « réforme des collectivité territoriales ». Complètement à contre-courant par rapport à l’évolution européenne…

  6. Ecrivez votre refus au président de la commission d’enquête : Monsieur Le Président de la Commission d’enquête publique de la LGV Poitiers Limoges,
    1 Rue de la Préfecture BP 87031 87031 LIMOGES cedex 01

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