Freiburg: “Soleil sur la Forêt Noire”

Mardi 29 août: en route depuis Mulhouse pour Freiburg, la « cité solaire »…malgré la pluie qui s’invite dès la montée dans les cars et ne nous quittera plus jusqu’au soir! 60 km de Mulhouse au Baden-Württemberg. Après Sausheim où l’usine Peugeot fabrique les 206 et les 307, nous longeons des champs de maïs à perte de vue, interrompus de temps à autre par du tabac ou des asperges. A peine si l’on s’aperçoit du passage à la frontière, sinon par la signalétique et les publicités désormais en allemand. Et voici Freiburg, sur la bordure ouest de la Forêt Noire, au pied du Schlossberg, une ville presque entièrement rasée pendant la guerre, occupée par l’armée française de 1945 à 1992 mais qui est devenue la vitrine du développement durable. Comment? Une lutte victorieuse contre l’implantation d’une centrale nucléaire à proximité, la catastrophe de Chernobyl, le climat – une des régions les plus ensoleillées d’Allemagne bien que le rayonnement solaire ne dépasse pas celui de la côte ouest de l’Ecosse!-, la beauté des paysages alentour et leur attrait touristique ont peu à peu forgé un sentiment de refus dune socété basée sur le gaspillage des ressources, la destruction de la nature et l’individualisme.
En 1973, le centre ville est interdit aux voitures, en 1990, la vitesse est limitée à 30 km/h partout sauf sur les principales voies d’accès, en 1991 un service de bus régional à bas prix permet une augmentation de 100% de l’utilisation des transports collectifs, en 1992 enfin, le conseil municipal décide de n’autoriser que les constructions à faible consommation énergétique sur les terrains municipaux. Maire depuis 2002, le Dr Dieter Salomon est le seul élu vert à la tête d’une ville de cette importance (214000 habitants).

La promotion des modes de transports durables:

Notre visite commence par une vision futuriste: la façade de la Gare Centrale, 19 étages de 240 modules photovoltaiques. Juste à côté, un garage à vélos circulaire de 1000 places, le « Mobile ». Là, nous explique notre guide de l’agence ‘Futour’, les navetteurs arrivant en train des alentours viennent chercher leur vélo pour aller au travail dans la ville, de même que les habitants du centre ville viennent déposer leur vélo pour prendre le train et aller travailler en banlieue, et mouvement inverse le soir. On peut également louer un vélo ou une remorque couverte. Il faut dire que Freiburg a 500 km de pistes cyclables, et 5000 places de parkings à vélos supplémentaires en particulier aux arrêts de tram pour les navetteurs. Un tiers de la circulation en ville se fait en bicyclette et seulement 25 % des habitants utilisent une voiture. Au dessus du Mobile, divers bureaux d’associations cyclistes ou de co-voiturage, une cafétéria proposant des produits régionaux, et une boutique d’entretien toujours ouverte pour la remise en état ou la réparation des vélos. Les balcons sont pourvus d’une multitude de capteurs à tube sous vide, et le bâtiment est surmonté d’une magnifique ellipse en panneaux photovoltaiques, orientable selon la course du soleil.

l'élipse

La maison passive:

Le car nous emmène ensuite au quartier Vauban, en fait les anciens casernements de l’armée française, récupérés par la municipalité dans les années 90 après avoir été occupés par divers groupes de hippies et anarchistes. Un nouveau quartier de 5000 habitants y a été construit selon un modèle de développement durable. Nous montons au 1er étage de l’ancien mess des officiers pour un diaporama, puis visite extérieure d’un des 100 appartements ‘passifs’ du quartier. Après une distribution générale de parapluies, le guide nous explique le fonctionnement de la ‘Passivhaus’: il s’agit de minimiser les pertes thermiques où une isolation maximale des murs, sols, plafonds, un triple vitrage qui permet une grande étanchéité à l’air, associé à un système de ventilation mécanique double flux (arrivée air neuf, sortie air usé, fonctionnant en permanence grâce à des panneaux photovoltaiques et le secteur en secours) avec récupérateur de chaleur, et maximiser les gains: apport de chaleur passive extérieure grâce au rayonnement solaire et intérieure grâce aux calories produites par les appareils électro-ménagers et les occupants. Pas de chauffage conventionnel, la demande totale en énergie pour chauffage, eau chaude, équipements domestiques est de 42 kwh/m2/an contre 250 pour une maison standard. Les autres maisons de Vauban sont toutes à faible consommation d’énergie avec panneaux solaires et photovoltaiques et une chaudière collective à copeaux de bois pour compléter les besoins.
Partout de grands arbres, une végétation luxuriante dans les jardinets et les espaces verts avec jeux pour les enfants. Pas de pelouse rasée ni de parterres à haut rendement floristique, la nature a repris ses droits. Des allées tranquilles où roulent quelques vélos séparent les lotissements aux couleurs gaies, des vignes-vierges et autres grimpantes s’accrochent aux balcons sur lesquels s’alignent des jardinières de fines herbes, de fleurs, des arbres en pot. Un escalier collectif dessert les différents étages de chaque bâtiment. Sur le toit, une mer de panneaux solaires et photovoltaiques scintillent sous la pluie.

Quartier Vauban, Freiburg


La maison positive:

A quelques pas de là et de l’autre côté d’une avenue à la circulation intense dotée d’une ligne de tram, se dresse le Sonnenschiff (le vaisseau solaire): une construction de 6 étages et 125 m de long qui sert d’entrée au Solarsiedlung am Schlierberg, un village solaire. L’ensemble a été conçu par l’architecte Rolf Disch et peint aux couleurs de l’artiste berlinois Erich Wiesner. « La fonction détermine l’esthétique »: le Sonnenschiff en est une application évidente. Les éléments de ventilation pour récupérer la chaleur en hiver et rafraîchir les pièces en été, de même que les éléments d’isolation phonique et thermique sont intégrés à la façade, ses nombreuses surfaces vitrées lui confèrent légèreté et élégance et apportent une grande luminosité dans les bureaux des étages et les magasins du rez-de-chaussée.
Abrités sous la galerie ouvrant sur le village, nous écoutons le guide nous expliquer comment les rangées de maisons sont toutes orientées au sud et suffisamment éloignées les unes des autres pour profiter d’un maximum d’ensoleillement y compris par la lumière rasante de l’hiver. Le mur côté nord a très peu d’ouvertures et dessert cuisine, salle de bain, toilettes, tandis que les pièces à vivre, côté sud, ont de larges baies vitrées. Là aussi triple vitrage, isolation maximale, utilisation de matériaux recyclables, en majorité du bois; côté sud des capteurs solaires et un réservoir de 380 l assurent l’eau chaude pour le sanitaire, l’électroménager et le chauffage.Sur la toiture, une délicate structure aérienne de modules photovoltaiques, fournit l’électricité dont le surplus est injecté contre redevance dans le réseau public, d’où le nom de ‘maison positive’ (energy plus house). Devant chaque entrée un petit abri fermé pour vélos et poussettes. En fait, le coût de maintenance étant extrêmement bas, les acheteurs disposent d’un capital plus important pour acheter ces maisons et savent que l’augmentation des prix de l’énergie n’auront pratiquement aucune incidence pour eux. Quant aux émissions de CO2, elles sont inférieures de 30% à celles d’une maison standard.

village solaire, Freiburg


L’habitation de demain:

Dernière étape d’une visite enthousiasmante, » l’Heliotrop », une maison solaire tournante expérimentale de Rolf Disch, qui lui sert d’habitation: il a voulu combiner le degré optimum de protection environnementale dans l’architecture et un confort maximum pour les utilisateurs.
La charpente en contreplaqué de sapin est posée sur une colonne centrale de 14 m de haut qui abrite le circuit électrique et l’escalier hélicoïdal et tourne pour suivre le soleil. Le toit en terrasse est surmonté d’une centrale photovoltaique qui génère 5 à 6 fois plus d’électricité que la maison n’en consomme. Suivant les saisons, la façade vitrée peut regarder le soleil (hiver) ou lui tourner le dos (fortes chaleurs). La vue panoramique dans chaque pièce change selon l’heure du jour, créant une impression extraordinaire pour les habitants. Tous les systèmes existants de chauffage solaire sont utilisés. L’eau de pluie sert pour le lave-vaisselle et la machine à laver, les toilettes sèches permettent aussi le compostage des déchets alimentaires, et les eaux usées tombent en cascade dans un bassin où elles sont purifiées par des plantes. L’idéal de l’empreinte humaine minimum sur la nature, on ne vit pas contre elle en la surexploitant et en la détruisant mais en harmonie avec elle.

L'Heliotrop, Freiburg

Plus radieux que le nucléaire !

Merci à nos amis alsaciens de nous avoir permis cette échappée sur un réel bien plus radieux que le nucléaire d’EDF et ses maisons Vivrélec, bien plus autonome aussi non seulement par rapport à un système d’énergie centralisé et tout-puissant mais par rapport à des énergies fossiles de plus en plus rares et chères.

Quo es possible, nos io vitem, laidonc de qu’esperem per instalar captors solars e fotovoltaics, potz provençau e que sai ieu? sustot qu’en Occitània, « avem lo solelh de mai »!

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