L’Occitanie en Poitou-Charentes

Comme chacun sait les régions administratives, assemblage plus ou moins arbitraire de départements, ignorent superbement les réalités culturelles.

Le Poitou-Charentes est typique de ce découpage arbitraire de l’espace.

Un petit morceau de l’Occitanie s’y retrouve dans les départements de la Charente et de la Vienne.

La détermination de la « limite géographique de la langue d’oc et de la langue d’oïl, avec une carte par M. Ch de Tourtoulon et M. G. Bringuier – Premier rapport à M. le Ministre de l’instruction publique » date de 1875 et a été republié en 2004.

Ce document est disponible à la Libraria Occitana de Limoges (26 rua Viena-nauta, 87000 Limòtges 05 55 32 06 44 – libraria.occitana@free.fr) pour un prix modique et devrait figurer sur le bureau de tous nos élus.

La Charente occitane :

  • Pays de Charente Limousine : toutes les communes sauf Le Bouchage et Vieux-Ruffec.
  • Dans le Pays du Ruffécois : Ventouse, Saint-Front, Valence, La Tâche, Saint-Ciers-sur-Bonnieure, Nanclars, Saint-Angeau, Saint-Amant-de-Bonnieure, Sainte-Colombe sont occitans.
  • Pays d’Horte et Tardoire : toutes les communes sauf Garat, Dirac, Torsac, Fouquebrune, Charmant et Chavenat
  • Dans le Pays Sud-Charente : Saint-Amant, Salles-Lavalette, Palluaud, Montignac-le-Coq, Pillac, Nabinaud, Saint-Romain, Laprade, Aubeterre, Les Essards, Bonnes sont occitans.
  • Si l’on considère les communautés de communes :
    Sont Occitanes:

  • la cc du Confolentais sauf Le Bouchage et Vieux-Ruffec.
  • la cc de Haute-Charente ;
  • dans la cc du Pays Manslois : les communes de Nanclars, Saint-Angeau, Sainte-Colombe, Saint-Amant-de-Bonnieure, Valence, Ventouse sont occitanes.
  • Saint-Front et Saint-Ciers-sur-Bonnieure sont occitanes.
  • la cc Bandiat-Tardoire ;
  • la cc Val-de-Tardoire ;
  • la cc Seuil Charente-Périgord ;
  • la cc Vallée de l’Echelle sauf Torsac, Dirac, Garat.
  • la cc d’Horte-et-Lavalette sauf Chavenat, Charmant, Fouquebrune.
  • dans la cc du Montmorélien : les communes de Palluaud et Salles-Lavalette sont occitanes.
    Saint-Romain, Saint-Séverin sont occitans.
  • la cc Pays d’Aubeterre sauf Rouffiac et Bellon.
  • Population totale : environ 64000 habitants.

    La Vienne occitane :
    7 communes sont occitanes dans la cc du Montmorillonnais.

  • Pressac, Availles-Limousine, Millac, Luchapt, Asnières-sur-Blour, Mouterre-sur-Blourde, Coulonges sont occitanes.
  • Population totale : environ 3500 habitants.

    Courrier postal : utiliser le nom occitan de la commune.

    Occitània

    Occitània en Peitau-Charantas

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    10 réflexions sur “L’Occitanie en Poitou-Charentes

    1. Bonjour,

      Très intéressant cette page. Est-elle basée sur des études particulières confirmées ainsi qu’à un collectage sur le terrain ?
      J’ai reçu cette réponse de plusieurs personnes, qui elles ont confrontées les études et les travaux et voici ce qu’un spécialiste local m’a envoyé :

       »
      Je peux dire qu’aujourd’hui en 2009 Pleuville, Benest, Champagne-Mouton, Chassiecq, Beaulieu, Ventouse, Valence, St-Front, St-Amant de Bonnieure, St-Angeau, Ste Colombe, Coulgens mais aussi Turgon, Parzac, St-Coutant, Cellefrouin (en partie), La Tâche, St-Mary (en partie), Les Pins (en partie) pratique les restes de la langue poitevine avec substrat d’oc.
      Qu’à Epenède, Alloue, Vieux Cérier, St-Laurent, St-Claud, Chavagnac, St-Mary, Les Pins, on pratique une langue mixte intermédiaire entre oc et oïl.
      Que la langue d’oc lmousine proprement dite est parlée à partir du Val de Vienne confolentais, jusqu’à l’est de Chasseneuil et la Rochefoucauld.

      que le canton de Champagne-Mouton, les communes de Pleuville, St-Laurent dépendaient administrativement du Poitou.
      que les communes au dessus d’une ligne Chassiecq-St-Laurent de Ceris-Confolens dépendaient du diocèse de Poitiers.
      En dessous du diocèse d’Angoulême.

      que seules les communes au delà d’une ligne Confolens-Roumazières-Roussines appartenaient au Limousin (diocèse de Limoges).
      que le territoire fut très morcelé entre Marche, Poitou, Angoumois, Limousin et Saintonge au Moyen Age.
       »

      Je suis très intéressé par la langue occitane (comme par le breton, le gallo et le poitevin), mais l’appréciation des zones allophones et intermédiaires est quelque chose de très subtil et qui ne doit pas s’encombrer d’idéologies niveleuses, expansionnistes ou nationalistes. C’est le cas pour le breton, ce que je regrette énormément, ce qui nuit, je pense au collectage et à la résurrection de notre héritage collectif.

      • L’enquête de Tourtoulon et Bringuier (cf la référence dans l’article) est la seule base scientifique établissant « la limite géographique de la langue d’oc et de la langue d’oïl ».
        Cette enquête a été confirmée dans les années 1970-1980 par les recherches de Marcel Coq après d’autres chercheurs (poitevins en particulier) et l’ALO…
        Certains – dont votre informateur anonyme – veulent remettre en cause l’appartenance du dialecte marchois à l’occitan. Cela permettrait de mieux faire coller la « région » Poitou-Charentes à une réalité culturelle…
        Pour cela, on invoque de soi-disant collectages… ou des découpages historiques qui n’étaient pas basés sur les réalités linguistiques (diocèses, cantons, provinces…). Comment les « cantons », subdivision du département depuis la loi du 8 janvier 1790, pouvait il « dépendre administrativement du Poitou », province d’Ancien régime ?
        On confond différence dialectale marchois-limousin (deux dialectes occitans) et différence linguistique (entre occitan et poitevin/saintongeais).
        La question occitane est clairement une question politique. L’Occitanie (=le territoire où se parle la langue d’oc) n’est pas un domaine de collectage ethnologique mais un pays dominé, inclus dans un Etat qui tend à la faire disparaître. Les découpages artificiels (départements taillés à la serpe, « régions » sont des outils d’assimilation culturelle.
        Pour sauver l’occitan, nous avons besoin d’une législation qui s’applique à cet espace (enseignement, médias, vie publique…) . Il faut fixer une limite territoriales au delà desquelles cette législation linguistique n’aura plus cours. L’enquête de Tourtoulon et Bringuier, effectuée à une époque où les mouvements de population étaient moindres, a fixé cette limite. C’est pour nous, la frontière nord-ouest de l’Occitanie…
        L’expansionnisme que vous critiquez est chez ceux qui veulent toujours plus… pour quoi faire finalement, sinon éradiquer une réalité qui les gêne.

    2. Bonjour,

      Je suis ethnolinguiste non-professionnelle, spécialiste de l’Occitan-Catalan, et des zones de croissants.

      La limite occitan / poitevin autour d’Angoulême est depuis 60 ans inexacte, et je suis en désaccord. J’ai étudié cette zone en détails, et voici ma proposition :

      Sont Occitanes limitrophes du Poitevin délimitant ce que je nomme la poche d’Aussac-Vadalle (toutes les communes à l’intérieur de cette poche sont occitanes), les communes suivantes :

      Dignac, Bouëx, La Petitie, La Bourlié (Oc / Poitevin), Treilles, Pranzac (Oc / Poitevin), Marsac, Bunzac, Saint – Projet – Saint Constant, Brie, Churet (Oc / Poitevin), Anais, Saint Amant de Boixe, Xambes, Vervant, Maine de Boixe, Nanclars, Saint Ciers sur Bonnieure.

      Plus au nord est à rajouter l’avancée de Vieux Ruffec (occitan), partageant (Oc / Poitevin) Chatain et Pleuville.

      D’où est venu cet oubli ?

      Il se trouve que les linguistes Charles de Toutoulon et Bringuier Octavien, mentionnent comme à dominante Occitane (parlers marchois) les communes de la poche d’Aussac – Vadalle. Cette constatation sera admise jusqu’à la guerre de 1914 – 1918. Que s’est t’il passé après ?

      Après la première guerre mondiale, le constat est terrible. De nombreux hommes sont morts au combat, et les femmes ou les épouses n’ont plus que le choix, soit de quitter la campagne dans l’espoir d’un hypothétique travail à la ville, soit retrouver un compagnon en quittant les lieux, soit capitiver l’attention d’un homme célibataire.

      En ce qui concerne la poche d’Aussac-Vadalle, la désoccitanisation sera rapide. En moins de 20 ans, elle se videra de ses occitanophones au profit du français moderne (phénomène similaire en Vercors – 1944).

      Il y a encore quelques années on pouvait encore entendre des anciens et anciennes « rescapés » parler occitan dans la poche d’Aussac-Vadalle.

      La plupart des linguistes s’accordent pour dire qu’en cas de recouvrement, l’on peut considérer comme partie intégrante du domaine linguistique initial, la zone recouverte et ce jusqu’à 120 ans. Il a été démontré que même recouverte, ces zones conservent au moins pendant 150 ans les caractères originaux.

      Mercès pla, e a tan leu !
      Mercès bén, e’ liou !

      Celia-Violana Bouchard

    3. Célia-Viloaine Bouchard fait ci-dessus un compte-rendu d’une conversation que nous avons eu tous deux il y a peu de temps, ce dont je la remercie. Ce qu’elle dit, le fait que la zone d’Aussac-Vadalle est généralement oubliée dans la zone occitane est parfaitement vrai. Quelques précisions sont toutefois à donner. Contrairement à ce qui est mentionné ci-dessus, De Tourtoulon et Bringuier à la fin du XIXème siècle n’ont pas du tout mentionné cette zone d’oc dans leur travail… car ils sont passés à côté, ou pour mieux dire “en plein dedans” sans la voir !
      C’est une étude publiée en 1913, d’André-Louis Terracher, Angoumoisin professeur à l’université de Liverpool, qui ajouta quelques communes au domaine occitan limousin, montrant que ce dernier s’avançait au début du XXème siècle en un cap allant jusqu’à Saint-Amant-de-Boixe : donc légèrement plus à l’ouest qu’Angoulême !
      Voici comment il présente sa découverte : « Il était “gauche”, assurément, le jugement du paysan de Nitrat (commune de Saint-Amant-de-Boixe [mais dans la partie sud de la commune, linguistiquement saintongeaise]) qui me disait : “A Saint-Amant [centre] on parlait autrefois beaucoup plus sur l’a qu’à Nitrat” ; pourtant, venant de découvrir grâce à des amis une vieille femme indigène de Saint-Amant qui conservait dans son parler lou, las (pluriel de l’article), les infinitifs et participes en –a, les imparfaits en –ave, etc., je trouvai qu’il ne manquait pas de justesse. »
      Ce cap résiduel, que n’avaient pas remarqué ses prédécesseurs, concernait les communes de Saint-Amant-de-Boixe, Villejoubert, Aussac, Nanclars, Saint-Ciers-sur-Bonnieure, Coulgens, Jauldes, Brie (est), mais était en voie de régression, l’occitan limousin reculant sous la pression combinée du saintongeais au sud et du poitevin au nord.
      Une autre précision est à donner : ce n’est pas un éventuel dépeuplement qui a fait disparaître l’oc dans ce secteur par la suite (Marcel Coc dans les années 1970 remarquera que la cap existe encore mais qu’il a reculé au niveau de Sainte-Colombe et Saint-Angeau) mais une simple substitution linguistique. On notera qu’à l’époque de Terracher il n’y a que les anciens qui dans ce secteur ont encore un parler d’oc de type limousin, les jeunes et moins jeunes usant d’un parler d’oïl poitevin-saintongeais. Ce que constate André-Louis Terracher, c’est que, la population autochtone restant sur place, elle passe au fil des générations de l’occitan limousin au saintongeais (au sud de Saint-Amant-de-Boixe)ou au poitevin (au nord de Saint-Amant-de-Boixe), par un phénomène de substitution linguistique motivé par la plus grande proximité linguistique du saintongeais et du poitevin avec le français. Saintongeais et poitevin (deux variantes du poitevin-saintongeais)étant plus proches du français que ne l’est l’occitan limousin, ils précèdent l’arrivée du français en progressant le long des vallées et autres voies de communication pour désagréger les parlers ancestraux de type occitan limousin. Ces derniers résistant mieux dans les plateaux à l’écart des vallées, on comprend la raison de leur maintient plus prolongé dans les plateaux de la forêt de la Boixe jusqu’à Saint-Amant-de-Boixe inclus, avant leur finale disparition là aussi…
      Une ancienne zone d’oc donc, où, si actuellement l’oc n’est plus parlé, l’on se doit tout de même de considérer l’oc comme une constituante de son patrimoine, eu égard à la date relativement récente de sa disparition.
      Une autre petite précision : Célia-Vilolaine Bouchard, suivant mes indications, ajoute la commune de Chatain comme partagée entre oc et oïl. Donc un petit bout d’oc en plus. Elle a là encore raison, mes informateurs tant de Chatain que de Benest m’ont tous toujours affirmé que les hameaux de l’extrême sud-est de Chatain parlaient comme à Benest (oc donc): encore un secteur d’oc non mentionné par Tourtoulon et Bringuier (quoi qu’on le distingue sur leur carte).
      Et une petite dernière zone d’oc oubliée dans la liste des communes d’oc de la Vienne en haut de page : le sud de la commune de Lathus en Vienne est mentionné comme étant d’oc par De Tourtoulon et Bringuier, et ceci est bien vrai car j’ai pu le constater de visu dans les années 1980 où il y avait encore des locuteurs d’oc dans le sud de cette commune…
      On est là dans le détail me direz-vous ? Mais ces petits secteurs quand on les connais, qu’on y associe des visages et des rencontres, ne sont plus anonymes et sont d’oc !
      Enfin, pour Chatain et Lathus, partagés en deux ! le sud occitan limousin et le nord poitevin…Comme Pleuville d’ailleurs qui à contrario est toujours classée en oc alors qu’il n’y a qu’une partie de la commune qui est d’oc et une partie d’oïl…
      Eric NOWAK
      XXXXX Une précision : l’avancée d’oc sur Chatain est en prolongement de la zone d’oc de Benest, et non pas de Vieux Ruffec comme mentionné par erreur par Violaine, Vieux Ruffec étant d’oïl. XXXXXXX

    4. M’appuyant sur les anciens de ma famille vivant dans le canton de Champagne-Mouton depuis longtemps, étant originaire de ce secteur et y habitant, ayant fréquenté les anciens et assisté à leurs conversations patoisantes notamment sur les marchés de Benest, Champagne, je suggère une remarque qui vient d’un autochtone et d’une pratique de terrain :

      mon grand père (+), ancien du Maquis Foch, était patron d’une scierie d’une trentaine de salariés à Chassiecq entre 1950 et 1995, il fréquentait beaucoup de clients entre Confolens, Ruffec et La Rochefoucauld, zone où il achetait ses coupes de bois. Il fréquentait aussi les foires, là où il faisait les rencontres de ses potentiels clients. Il connaissait bien la population, le patois étant un « outil d’accroche » convivial dans la relation avec le client.
      Il avait aussi des cousins de St Laurent de Ceris qui parlaient le Marchois. Mon grand père qualifiait leur patois de « bigarré », mélange du sien et du patois limousin.

      La limite que me faisait observer mon grand père entre son patois apparenté au Poitevin-Saintongeais et le patois Marchois (mi oc mi oil) était la suivante : entre Pleuville et Epenède, entre Benest et Alloue, entre Champagne-Mouton et Grand Madieu, traversant la commune de Cellefrouin, celle de St Mary, Les Pins et revenant sur la forêt de la Braconne.
      Une autre limite, celle entre le Marchois et le Limousin est elle bien connue, passe à l’ouest de Confolens, à travers les bois des Signes, rejoint Chasseneuil, la Rochefoucauld, descend vers Villebois.

      Il semblerait qu’eu regard des générations, le Marchois a subi un certain tropisme de la langue d’oïl dans le XXe siècle sur les zones de contact avec celle-ci.
      Les locuteurs ont fait glisser leur patois vers l’oïl pour une bonne raison : le Marchois est déjà une langue mixte évoluée vers la francisation, et possède des affinités d’accentuation, de lexique avec le Poitevin-Saintongeais. Ce dernier étant plus proche du français, langue dominante de la République, le passage du domaine Marchois au domaine Poitevin-Saintongeais s’est fait naturellement et assez facilement, en éliminant des traits occitans « archaïsants » de la grammaire. Il y a là un effet d’homogénéisation inconscient qui s’est opéré sans doute pour permettre une intercompréhension plus aisée dans un patois finalement pouvant apparaître comme un Français régional, un Français « écorché ».
      Les usagers continuaient en fait le mouvement initial de francisation des parlers résiduels archaïsants occitanisés du Poitou-Charentes, reculant à l’est et au sud face au front du parler d’oïl.
      Au contraire, lorsque le patois était trop différent du Français (comme les patois d’oc), il n’y avait pas de translation de francisation possible. Le Français pur était alors parlé à ceux qui ne parlaient pas occitan et souvent de façon plus pure que dans la zone du Poitevin-Saintongeais.

      • Témoignage intéressant mais les « impressions » des locuteurs ne sont pas des preuves scientifiques.
        Tourtoulon et; Bringuier en 1873 ont mené une enquête linguistique de terrain et produit une carte qui situe, à quelques petits détails près la limite de la langue d’oc et de la langue d’oil.
        L’emploi des mots « patois », « patoisant », bien qu’il soit utilisé par certains locuteurs, fausse la perspective, ce terme s’employant aussi bien pour l’occitan que pour le poitevin-saintongeais.
        Dans le domaine linguistique, on parle de langues. Le terme péjoratif « patois » indique une hiérarchie entre « bonne » et « mauvaise » langue, langue « supérieure » et langue « inférieure ».
        On nous a déjà fait le coup du « progrés » lié à l’adoption du français comme langue de communication. Ce fut l’un des objectifs de l’école obligatoire (avec la Revanche …!).
        Il faudrait essayer de sortir de cette vision infériorisante de l’occitan (et des langues de l’hexagone en général). C’est en tout cas le choix du nhac lemosin.

    5. Jan Urroz a raison d’opposer « sentiment » (c’est-à-dire représentation que se font les locuteurs) et réalité linguistique. Déjà l’abbé Rousselot (dans son ouvrage sur le parler de Cellefrouin paru en 1891), au sujet du sentiment d’appartenance des habitants de la commune de Cellefrouin écrit : « Angoumois ? Il n’ose s’attribuer cet honneur. — Limousin ? Il proteste. » « Pour Ventouse, le Limousin commence à Cellefrouin ; pour Cellefrouin à Saint-Claud ; pour Saint-Claud à Nieul, pour Nieul à Roumazières ; et je serais bien étonné si, pour Roumazières, le Limousin ne commençait pas à La Péruse ou au-delà.» Et ce alors que les parlers du croissant marchois, mi oc mi oïl, commencent dès Ventouse inclusivement à l’époque de De Tourtoulon et Bringuier et jusqu’à notre époque. Un autre exemple, au sud du département : dans la zone de Villebois-Lavalette nous nous trouvons loin du secteur « marchois » mi oc mi oïl dont la classification peu aparaître problématique, et donc loin de la zone où le sentiment d’appartenance peu être compliqué. A Villebois-Lavalette l’occitan limousin est la langue locale (dans une variante propre au secteur car cette langue est riche d’une grande variété de formes). Ceci n’empêche pas Bernard Lavalette en 1988, dans sa préface à Fârnand raconte… (de Viviane Bonnin alias Aurélie Jhamb’Delaine) d’écrire, à tord : « Oui, chez nous, Villeboisiens, nos vieux qui parlent encore le patois, s’expriment en saintongeais, c’est-à-dire en langue d’oïl, fi de garce ! » Et la revue Xaintonge de lui emboîter le pas en publiant dans son numéro 18 une carte faisant abusivement aller le domaine saintongeais jusqu’à Villebois-Lavalette inclus !

      Jan Urroz a tout à fait raison également de parler du problème de l’écran du Français. Il ne faudrait pas arguer des progrès du français en zone d’oc pour faire croire à un recul de la limite occitane. Autrefois c’est le poitevin-saintongeais qui avançait sur la limite et faisait reculer l’oc, maintenant c’est bien le français qui s’impose partout à la fois, écrasant comme un rouleau compresseur à la fois poitevin-saintongeais et occitan liumousin… Résidant actuellement en Gironde saintongeaise (Blayais) j’ai été enquêter près de la limite tracée là-bas aussi par De Tourtoulon et Bringuier dans le canton de Bourg (au sud du Blayais). Le long de la limite, plus de trace du « gabaye » (tel qu’on appelle là bas cette variante locale saintongeaise du poitevin-saintongeais) : seul restent quelques souvenirs de cette langue (mots épars…) chez les plus anciens, mais plus de locuteurs dans les secteurs les plus proches de la limite où j’ai pu enquêter. Et selon toute vraisemblance il en est de même du côté oc de la limite où le parler local (occitan gascon) a lui aussi du péricliter. Il serait facile dès lors, en se basant sur la francisation du secteur, de conclure à une avancée d’oïl dans le secteur. C’est ce que d’aucuns n’hésitent pas à faire, comme la revue Xaintonge qui dans son numéro 18 publie une carte faisant descendre le saintongeais jusqu’à Bourg et Saint-André-de-Cubzac inclus, alors que les secteurs de Bourg et de Saint-André sont traditionnellements de langue occitane gascone… Mais c’est un abus : le « gabaye » (variante locale saintongeaise du poitevin-saintongeais) n’a en rien progressé : il est en train de disparaître le long de la limite en même temps que son compagnon d’infortune qu’est l’occitan gascon…

      Pourtant, je pense que « Daupeu » a lui aussi raison losqu’il dit « eu regard des générations, le Marchois a subi un certain tropisme de la langue d’oïl dans le XXe siècle sur les zones de contact avec celle-ci. Les locuteurs ont fait glisser leur patois vers l’oïl pour une bonne raison : le Marchois est déjà une langue mixte évoluée vers la francisation, et possède des affinités d’accentuation, de lexique avec le Poitevin-Saintongeais. Ce dernier étant plus proche du français, langue dominante de la République, le passage du domaine Marchois au domaine Poitevin-Saintongeais s’est fait naturellement et assez facilement, en éliminant des traits occitans “archaïsants” de la grammaire. […]
      Les usagers continuaient en fait le mouvement initial de francisation des parlers résiduels archaïsants occitanisés du Poitou-Charentes, reculant à l’est et au sud face au front du parler d’oïl. »
      C’est qu’en nord Charente deux phénomènes exptionnels favorisent le glissement d’une langue vers l’autre : 1 / contrairement au nord Gironde ou à une bonne partie du sud Charente (où le contact oïl/oc se fait brutalement), le nord Charente voit s’insérer entre oc et oïl une zone intermédiaire mi oc mi oïl, à tendance d’oc dans sa grosse majorité méridionale et orientale, mais à quasi équilibrage (parité) entre traits d’oc et d’oîl dans sa partie occidentale et septentrionale (Ventouse, Champagne-Mouton, Benest… Pressac…), 2/ contrairement au nord Gironde les communes du nord Charente voisines de la limite ont très longtemps maintenu un grand nombre de locuteurs de chaque côté (tant poitevin-saintongeais qu’occitan limousin) et en recèlent encore, rendant toujours possible la perpétuation des anciens phénomènes de glissement, de changement linguistique.
      Et d’ailleurs ce changement linguistique est avéré au moins sur une commune du nord Charente. Ainsi la commune de Pleuville dans l’extrême nord de la Charente, classée comme occitane limousine par Ch. de Tourtoulon et O. Bringuier en 1876 (mais peut-être uniquement en partie car leur tracé traverse la commune), et encore par Marcel Coq en 1973 et Jean-Louis Quériaud en 1974, est le lieu de naissance, et la source du parler d’origine, de l’un des principaux auteurs modernes d’expression poitevine : Jean-François Migaud. Il explique cet apparent paradoxe en ces termes : « Mon arrière-grand’mère disait : “ Bâre doû pan à quîs chîs ! ” – Donne du pain à ces chiens ! Je n’ai pas souvenance d’avoir entendu quelqu’un d’autre le dire à Pleuville où l’on s’en tient maintenant à : “Doune dau pain à quès chins !” […]. » (dans : Glossaire des parlers populaires de Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois, de U. Dubois, J. Duguet, J.F. Migaud, M. Renaud, vol I, 1992). On aura donc compris que le passage de l’occitan limousin au poitevin, tout au moins dans une portion de la commune de Pleuville, s’est fait au cours du XXème siècle, à l’intérieur même des familles autochtones, les anciennes générations parlant occitan limousin (du croissant marchois) les nouvelles parlant poitevin !
      Il semble qu’on aie peut-être un phénomène analogue pour au moins une partie de la commune de Chassiecq. Après De Tourtoulon et Bringuier aient classé cette commune en oc, l’abbé Jean-Pierre Rousselot vérifie en partie cette limite en 1886 et 1887, et tout en semblant inclure quelques communes de plus (Moutonneau, Bayers) dans le domaine occitan, puisqu’il dit : « au cours de deux explorations j’ai rencontré la limite des formes en –a [infinitifs et participes passés de type occitan donc en -a] : Mouton, Lichères, Moutonneau, Bayers. », à contrario retranche la commune de Chassiecq du domaine occitan, l’incluant dans une zone d’oïl à fort substrat occitan qu’il décrit ainsi : « à partir de ce point [Bayers], le participe était en –a à Couture, Saint-Gourson, Chassiecq et Nanteuil, tandis que l’infinitif, généralement en –è, conservait l’-a chez quelques rares sujets.». Ceci rangerait Chassiecq dans la liste des communes (avec Couture, Nanteuil, Saint-Gourson, Le Bouchage, Chatain, Pleuville tout au moins en partie…) utilisant un poitevin à fort substrat d’oc qu’a si bien décrit Marcel Coq en marge de son étude sur la limite occitane de Charente en 1973. Mais peut-être n’est-ce qu’une partie de la commune (comme peut-être pour Pleuville d’ailleurs) sachant que Chassiecq est écartelée entre un gros hameau situé tout à l’Ouest (Biarge) et le boug situé plus à l’Est… C’est d’ailleurs entre les deux que l’abbé Michon traçait la limite oc/oïl sur la carte qu’il publia en 1844 dans sa Statistique monumentale de la Charente…

      Il est possible aussi que dans ces communes les locuteurs natifs se répartissent entre les deux langues… C’est en fait le phénomène qu’avait remarqué Terracher pour Saint-Amant-de-Boixe (les anciens parlant l’occitan limousin marchois, les jeunes parlant poitevin ou saintongeais) et que De Tourtoulon et Bringuier eux-mêmes nous expliquent pour la commune de Bussière-poitevine (commune de l’extrême nord de la Haute-Vienne, limitrophe de la Vienne et situé à la limite nord du domaine occitan limousin marchois) expliquant qu’on retrouve ce phénomène dans d’autres communes : « A Bussière-Poitevine, par exemple, on nous a assuré que “les quatre côtés de la commune parlent chacun un langage différent”. Nous y avons trouvé en effet les trois variétés du sous dialecte marchois et la langue d’oïl de Saint-Rémy ; mais il nous aurait été impossible de tracer sur le territoire de la commune la limite de chacun de ces langages. »
      Que conclure de tout ça ? D’abords que notre Charente reste encore et toujours un incroyable laboratoire de linguistique ! Et que nous avons l’incroyable chance d’y observer des parlers vivants… Dans mon message plus haut j’appelais à reconnaître pour la région de Saint-Amant-de-Boixe son caractère d’ « ancienne zone d’oc donc, où, si actuellement l’oc n’est plus parlé, l’on se doit tout de même de considérer l’oc comme une constituante de son patrimoine, eu égard à la date relativement récente de sa disparition ». Ici j’appellerais à reconnaître pour le parler des communes les plus septentrionales et occidentales du croissant occitan limousin marchois un certain « tropisme poitevin » inhérant à leur caractéristique de parler de transition …
      C’est main dans la main que poitevin-saintongeais et occitans limousins doivent défendre leurs langues face au rouleau compresseur de la francisation de la langue et de l’uniformisation mondiale de la culture.
      (P.S. : Je prépare un prochain message, ou pour faire bonne mesure, j’ai prévu de parler d’un autre petit secteur de Charente d’oc généralement oublié sur les cartes et non mentionné dans la liste ci-dessus…)

    6. Bonjour à tous, bonjour Jan,

      (Jan, je venais pour les autocollants Oc 😉

      Bravo pour ce site et les réponses de qualité des participants. On apprend plein de choses sur la limite linguistique en Charente, en particulier cette pointe « inédite » d’Aussac-Vadalle.

      Juste pour dire aussi que le poitevin-saintongeais n’existe pas, ou plutôt n’existe plus, depuis l’an dernier. Invention de professeurs poitevins dans les années 1970 dans le but de (tenter de) souder la région Poitou-Charentes, il n’a pas plus d’existence que l’angevin-poitevin, ou autres mots collés avec des traits d’union. La « marche arrière » a été laborieuse et causé pas mal de grincements de dents, voire de souffrance. Bref, poitevin et saintongeais sont 2 langues d’oil différentes, comme l’angevin, le lorrain, etc… Célia, à l’ouest de Pranzac (Mornac), c’est du saintongeais, pas du poitevin.

      Pas mal de questions me viennent:

      – j’aimerais bien voir les résultats des études de 1875 et 1970 sur des cartes, ne peut-on pas les mettre en ligne ici ? Je crois me souvenir que les résultats de 1970 avaient été publiés dans la Charente Libre, ou je confonds avec une étude des élèves du CES de Villebois-Lavalette, intéressante aussi (on y voyait plusieurs limites).

      – à part de « rouleur compresseur » du 20ème siècle, comment évolue la limite, a-t-elle vraiment évolué depuis 1800 ?

      – comment peut-on faire des études fiables de nos jours sur le terrain ? En plus depuis 1970, il y a eu un énorme changement (générations, brassage…), en plus de la francisation de la génération précédente (ma mère née en 1930 n’avait pas le droit de connaître un seul mot de patois, et ne connaît pas le limousin, contrairement à ses parents- décédés).

      – enfin je me pose bien sûr plein de questions sur le croissant; en particulier sur sa limite sud-orientale; elle est floue non ?

      – pour St-Amant-de-Boixe, comme toute la Charente, ce sont d’anciennes zones d’oc avant le 12ème siècle non?

      Eric N, ce petit secteur d’oc en Charente ne serait-il pas St-Eutrope près de Montmoreau ?

      Cordialament,
      Eric H.

      • Autre question que j’avais oubliée :

        – la limite publiée en 1875 est-elle plus fine que celle de Michon (1844) ? S’appuie-t-elle dessus ? La confirme-t-elle ? Y a-t il des différences ?

        Effectivement, on a pu passer à côté d’enclaves occitanes… (ex: St-Eutrope, Aussac-Vadalle, à confirmer…). Réciproquement, j’ai lu qu’il y avait des enclaves oil (ex: La Tour-Blanche en Dordogne).

        • Adiu,

          Oui, je me rappelle bien de toi. Content de te lire. Sur les points géographiques que tu soulèves, je n’ai pas les capacités suffisantes pour te répondre. De plus, je suis très occupé en ce moment. Toutefois, la ré-édition de Tourtoulon et Bringuier par l’IEO Lemosin comporte la reproduction de la carte originale mais d’un trop grand format pour être scannée. Le mieux est de commander le livre à la Libraria Occitana de Limoges :
          libraria.occitana@free.fr
          ( , il côute au max. 25 €…)

          De còr e d’òc,
          Jan

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