« L’anti-manuel d’écologie » d’Yves Cochet : livre de l’année.

« L’anti-manuel d’écologie » d’Yves Cochet, paru début mars 2009 est certainement le livre le plus important de l’année.
Courageusement, l’ancien ministre écologiste tente de répondre à la crise générale qui frappe l’humanité.
Rien de moins.

Dépassant les programmes électoraux, toujours plus ou moins allégés que nous offrent périodiquement les Verts, Cochet va au coeur du problème.
Après un état des lieux planétaire, écologique et économique, que beaucoup à l’image de l’autruche sur la couverture, trouveront alarmiste, l’auteur ne craint pas de nous proposer la seule solution réaliste : « Décroître, pour vivre mieux ».

« Notre responsabilité n’est [donc] pas de dessiner les contours d’une société écologique, démocratique, socialement équitable et pacifiée à l’horizon de 2030 ou de 2050. Nous ne sommes plus dans le projet de société désirable, nous sommes dans le compte à rebours pour réduire les conséquences dramatiques de l’inéluctable catastrophe. »

La solution : « diminuer l’empreinte écologique des pays de l’OCDE. Rapidement, drastiquement, équitablement ».

Cochet propose un programme radical pour économiser le pétrole, 50 % en quelques années, basé sur le « slogan décroissantiste : « Moins vite, moins loin, moins souvent. »

Il se réfère également au programme politique de Serge Latouche axé sur les huit RE : « réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler. »

La relocalisation de l’économie tient une place essentielle dans le projet d’Yves Cochet .
« La relocalisation de l’économie sera débattue et organisée par l’introduction progressive de tarifs, de quotas et d’incitations destinés à garantir à l’échelon territorial le maximum de protection et de diversité, de telle sorte que les importations soient réduites. L’accès au marché (local, national, européen) dépendra ainsi de l’observation de cette politique, en garantissant que ce qu’un territoire peut produire, il le fasse. A cette fin, chaque territoire 1) procèdera à un inventaire de ce qu’il importe aujourd’hui, 2) analysera ce qu’il peut raisonnablement produire, 3) établira un calendrier de transition pendant laquelle l’importation des biens visés au 2 deviendra plus chère, 4) encouragera les investisseurs et producteurs à entreprendre ces productions locales ».

Il s’agit de remplacer « l’économie linéaire » du « tout-jetable » par une « économie circulaire » basée sur le « zéro déchet »

Mais  » la « descente énergétique » inéluctable qui nous attend n’est pas nécessairement synonyme de privation, de malheur et d’effondrement, mais de renaissance des communautés locales et des cultures. Décroître pour vivre mieux, […] »

« Penser globalement, agir localement », telle est la voie.

« D’une manière générale, en France et en Europe, la vie sera plus ancrée dans le local. […] Aujourd’hui, la démocratie se réduit à une vague tentative de réguler le jeu des grands groupes économiques. Il faudra changer de direction, c’est à dire fédéraliser notre pays pour organiser et contrôler une économie et un pouvoir relocalisés. Bien sûr, le pouvoir local est plus exposé, étant susceptible d’être capté par une minorité. Mais il est aussi plus facile d’infléchir ou de participer à un pouvoir local. Une VIème République établissant une France fédérale sera donc la première étape de la reprise de pouvoir des citoyens sur leur vie. Elle comprendra notamment une hiérarchie administrative simplifiée, aux prérogatives clarifiées : les pays, les régions, l’Etat (affaibli). »

Il y a là, une véritable convergence entre le député de Paris et le combat du Partit Occitan depuis plus de 20 ans.
Son projet de « décroissance équitable » et de « société de sobriété » dans un cadre fédéral rejoint le nôtre.

« Si nous voulons conserver les valeurs cardinales de l’Europe que sont la paix, la démocratie et la solidarité, la transition vers cette société de sobriété doit suivre quatre orientations principales que je résume :
1) la tendance vers l’autosuffisance locale et régionale en matière énergétique et alimentaire;
2) la tendance à la décentralisation géographique des pouvoirs ;
3) la tendance à la relocalisation économique ;
4) la tendance à la planification concertée et aux quotas, notamment en matière énergétique et alimentaire.
Faute d’un tel plan d’urgence, je crains que notre continent européen traverse bientôt des épisodes troublés dons nous apercevons déjà les prémices. »

L’anti-manuel comprend après chaque chapitre, des textes d’auteurs divers permettant au lecteur d’approfondir sa réflexion: Illich, Descartes, Churchill, Bataille, Leonard Cohen, Ban Ki-moon Svetlana Alexievitch et bien d’autres, figurent parmi les références proposées. Seul regret, une table des auteurs en fin d’ouvrage aurait facilité les recherches ultérieures.

Un livre à lire de toute urgence pour sortir de la pensée unique à sens unique du « Travailler plus pour gagner plus » qui tient lieu de philosophie politique à ceux qui nous « gouvernent ».s

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