Quand Manuel Valls recycle les poncifs jacobins

Le discours de politique générale du premier ministre (8/04/2014) n’a pas laissé indifférent. Témoin cette réaction de Patric Quentin adressée au  »nhac lemosin »:

« On se doutait des annonces qu’allait faire le nouveau Premier Ministre, puisque, régime présidentialo-monarchique oblige, le Président de la République nous avait annoncé, au surlendemain des municipales, que l’infléchissement politique s’opérerait dans la continuité.

Car il s ‘agit bien de continuité pour ce qui est des mesures d’ordre économique et budgétaire. Au delà du principe nécessaire d’assainissement des finances publiques, l’incertitude demeure sur leur financement, donc sur le respect de la justice sociale et sur leur effectivité.

Mais au delà des mesures techniques elles-mêmes, ce qui frappe avant tout c’est le soubassement idéologique sur lequel s’appuie implicitement ou même ouvertement le programme gouvernemental présenté. Là, il y a, c’est sûr, non seulement continuité « républicaine » mais accentuation de la « courbure jacobine » pour atteindre des sommets que l’on croyait dépassés à l’heure européenne.

Bien loin d’une référence à l’indispensable refondation démocratique de l’Union européenne, les critiques, sans aucune concession positive, clairement exprimées contre les exigences européennes sont proprement stupéfiantes dans les propos d’un « responsable » politique national. Des élections européennes vont avoir lieu dans guère plus d’un mois. Les propos que nous venons d’entendre relèvent d’un souverainisme dépassé que l’on entend trop d’une partie de la Gauche à l’extrême droite ! A aller dans le sens du vent pour des visées électorales immédiates relève d’une politique à courte vue. On pleurera encore demain sur la perte de confiance dans les « politiques » !

De même, sont proprement irrecevables les lieux communs repris au sujet des évolutions institutionnelles, comme le trop grand nombre de Régions, de surcroît trop petites (elles sont plus grandes qu’en Allemagne !), alors que les vraies questions sont celles de leurs compétences règlementaires et de leurs moyens, donc de politiques adaptées, au plus prés des territoires. Conjugués au revirement sur la « clause de compétence générale» des collectivités territoriales (laquelle vient juste d’être rétablie en janvier…2014), ils démontrent à l’envi que le point de vue centraliste est toujours bien à l’œuvre. Même la suppression des départements, fondée sur des considérations purement budgétaires, relève du tour de passe-passe. On serait en droit d’attendre plus de hauteur de vue sur un sujet qui touche de près à la vie quotidienne des citoyens et au fonctionnement des institutions.

Tout ceci est profondément inquiétant pour l’avenir de notre démocratie. On n’a jamais dans l’Histoire fait du neuf avec du vieux. Et ceux qui sont au pouvoir seront demain responsables d’avoir continué, contre vents et marées, à ressasser des poncifs pour éviter les réformes qui s’imposent au 21ème siècle. Il fallait cependant s’y attendre : à côté de l’ « arrogance française », tant vantée par le Premier Ministre, existe une autre une spécialité républicaine : tout changer de manière à ce que rien ne change.

Décidément nous sommes loin de l’abandon du centralisme parisien et de la promotion d’une Europe politique qui ne laisse pas cadenasser par les Etats les intérêts des citoyens et des territoires. »

Patric Quentin

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